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Vers une monnaie unique mondiale ?

Alors que le Vieux Continent célèbre
l’avènement de l’euro, les monnaies des pays
développés convergent progressivement vers
une fourchette de valeurs. La naissance d’un
serpent monétaire mondial surveillé par les
grandes Banques centrales semble désormais
possible.

0,9 dollar américain, 1,7 dollar australien, 2 dollars
néo-zélandais, 1,4 dollar canadien, 1,6 franc suisse,
0,7 livre sterling : la parité de l’euro avec les grandes monnaies de la planète
oscille entre la moitié et le double, entre 0,5 et 2. Hormis deux
exceptions notoires : en Europe, les différentes couronnes scandinaves valent
de 0,15 (la danoise) à 0,1 euro (la suédoise), ainsi que, surtout, le yen japonais,
qui s’échange aux alentours de 116 yens pour 1 euro.

A terme, avec l’implantation progressive de l’euro sur le Vieux Continent, les
Scandinaves devraient rejoindre l’Union - et, en Norvège, même si ce n’est pas
encore pour demain, on en parle régulièrement -, voire la monnaie unique. Reste
l’empire du Soleil-Levant. Une simple réévaluation de sa monnaie, une
multiplication par cent, par exemple, dans le genre du passage de l’ancien au
nouveau franc, permettrait au yen d’intégrer cette fourchette de 0,5 à 2 autour du
dollar ou de l’euro.

Nécessité d’une harmonisation des monnaies

Cette convergence de la valeur faciale des monnaies traduit avant tout une
convergence des économies et des modes de consommation, renforçant ainsi la
thèse du sociologue Jean Baudrillard soutenue dans “La Société de
consommation”. Il y décrit la consommation comme le principal facteur
modelant l’évolution des sociétés occidentales. Par ailleurs, l’évolution
“naturelle” de ces devises non pas maintenues à un cours artificiel par de
quelconques opérations financières, comme l’injection de devises, mais
progressant toutes vers une fourchette de valeurs limites est le fait de pays
produisant un niveau de richesse similaire (le produit intérieur brut) par habitant.
La convergence provient également de l’intégration de plus en plus forte de ces
économies, fruit de la mondialisation.

C’est cette intégration qui va rendre de plus en plus nécessaire une
harmonisation des monnaies, afin de réduire les spéculations et d’éviter ainsi les
coûteuses fluctuations de change : le soutien du cours de l’euro, en début
d’année 2001, a coûté des centaines de milliards de dollars aux Banques
centrales américaine, européenne et japonaise.

La situation rappelle donc fortement les événements de 1973-1978, lorsque se
créa le “Serpent monétaire européen”, ancêtre de l’euro, qui reposait sur l’idée
que chaque monnaie se voyait imposer une marge de fluctuation par rapport aux
autres, une fourchette dont elle ne devait pas s’écarter. Le Deutsche Mark, par
exemple, valait autour de 3,46 francs français. Aucune des deux monnaies ne
pouvait s’éloigner trop de cet équilibre. Un Deutsche Mark trop fort, à 4 FF par
exemple, était prohibé.

A quand le “mondialo” ?

Cette stratégie a certes abouti à une prédominance du mark, les membres du
serpent se voyant obligés de suivre la politique monétaire de l’Allemagne. Mais
ils en ont clairement bénéficié, et c’est ainsi que l’euro est né. Un nouveau
serpent monétaire, mondial celui-là, serait donc une solution envisageable. La
fourchette en serait presque “naturelle”, entre 0,5 et 2 euros bien sûr. Elle serait
surveillée et garantie par les Banques centrales américaine, européenne et
japonaise.

L’écueil principal pourrait être l’évidente prééminence du dollar, qui rebuterait
Européens et Japonais. Mais le statut actuel de monnaie mondiale par défaut du
billet vert a pour conséquence que Washington en a depuis longtemps perdu le
contrôle de fait. Les Etats-Unis ne sont plus les seuls maîtres de leur politique
monétaire. Dès lors, le risque devient minime qu’un serpent monétaire mondial
tombe sous la coupe américaine. Si un tel système se mettait en place, on peut
rêver qu’il aboutisse à une monnaie mondiale, utilisée partout, par tous. Un
“mondialo”, en quelque sorte.

 

 

Eric Glover, 20 décembre 2001

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