Le mardi 04 juillet 2006
Les nouvelles technologies menacent la santé du fleuve
Le Soleil
Éric Moreault
La contamination du fleuve Saint-Laurent par des substances
toxiques reste stable. Mais la présence de contaminants émergents et,
surtout, leurs effets potentiels sur la santé à long terme préoccupent les
scientifiques. Sans parler des résidus de la nanotechnologie, en pleine
explosion, qui risquent de se retrouver dans votre verre
d'eau.
Depuis les années 70, moment d'éveil collectif à la
pollution du Saint-Laurent, on ausculte le fleuve. Il va bien mieux,
constate Bernard Rondeau, un des spécialistes d'Environnement Canada qui
se penchent régulièrement à son chevet.
Mais les avancées
technologiques sont toujours, justement, plus rapides dans leurs
applications immédiates que dans leurs effets à long terme, peu connus.
Elles produisent des «résidus urbains», présents autant dans les rivières
affluentes que dans le fleuve. Ils ne se retrouvent toutefois pas en
concentration suffisante pour produire des effets aigus sur
l'environnement et la santé des gens.
Ordinateur polluant
Mais on détecte
maintenant dans l'eau ces «substances émergentes» et résidus de produits
pharmaceutiques. Dans le premier cas, Environnement Canada se penche sur
les ignifuges à base de brome (PBDE) «très persistants» qu'on retrouve
dans une vaste gamme de produits courants : téléphones, ordinateurs,
tapis industriels, etc.
Ils produisent des effets toxiques,
cancérogènes et hormonaux et se retrouvent dans les différentes couches
trophiques, dans le lait maternel, le sang et les tissus adipeux. Un
véritable phénomène mondial.
Depuis les 10 dernières années, les
concentrations ont quintuplé dans les matières en suspension à Québec et
doublé dans les sédiments des lacs fluviaux !
Effet sur les
poissons
Il y a aussi les substances comme le téflon ou les
surfactants des shampoings qui se fractionnent et deviennent plus toxiques
dans l'eau. Ils vont jusqu'à provoquer des changements de sexe sur les
poissons.
Faut-il rappeler que plusieurs municipalités puisent leur
eau dans le fleuve ? Quels sont les effets sur la santé
humaine ? «Ce n'est pas la même exposition (que les poissons), mais
on peut se questionner», estime Christian Gagnon, chercheur à
Environnement Canada.
Et il y a les nanotechnologies (l'étude et la
fabrication de structures ou systèmes à l'échelle de l'atome ou des
molécules) qui se profilent. «Est-ce un problème ? C'est tellement
nouveau qu'on ne le sait pas encore, souligne M. Gagnon en donnant
l'exemple des nanotubes de carbone. Nous n'avons même pas les outils pour
les détecter (dans l'eau). C'est une grosse commande parce qu'on part
presque de zéro.»
Les connaissances acquises et les techniques
utilisées ces dernières années sont pratiquement inutiles quand vient le
temps de détecter des résidus des nanotechnologies.
Au moins, on a pu
déterminer avec les mesures les plus récentes, dans le cadre du Plan
Saint-Laurent, une collaboration Ottawa-Québec, que les concentrations de
métaux (mercure, cuivre, fer, etc.), de pesticides et d'autres substances
toxiques sont restées stables comparativement à 2003. Si on remonte aux
années 70, elles ont diminué de 90 % par rapport à ce qu'elles
étaient.
Qui plus est, leurs teneurs sont largement inférieures aux
taux prescrits, de 10 à 100 fois celles des grands fleuves
européens.
Dans le cas des contaminants classiques, «on s'en tire
assez bien», juge Bernard Rondeau.
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